Ludwig van Beethoven demeure l’un des compositeurs les plus influents de l’histoire de la musique occidentale. Pianiste virtuose célébré dès sa jeunesse, il semble destiné à une carrière brillante sur la scène européenne. Puis, vers l’âge de vingt-sept ans, un bourdonnement persistant apparaît dans ses oreilles. La surdité s’installe lentement jusqu’à devenir totale.

Pour un musicien, une telle perte pourrait représenter une condamnation professionnelle. Beethoven traverse alors une période de profond désespoir, qu’il évoque dans une lettre adressée à ses frères, mais sa passion pour la musique le pousse à continuer.

Ses derniers quatuors à cordes déconcertent profondément ses contemporains. Plusieurs critiques y voient l’œuvre d’un homme devenu trop éloigné du goût du public. Beethoven en est conscient, mais il continue malgré tout à composer sans chercher à se plier au regard des autres.

Un aspect de cette histoire est rarement souligné. Beethoven ne travaillait pas dans un silence apaisant. Il composait dans l’impossibilité d’entendre les réactions autour de lui. Les murmures du public, les commentaires des interprètes et les critiques lui étaient devenus inaccessibles. Il avait perdu un repère essentiel, celui des réactions extérieures qui nous poussent parfois à arrêter.

Il ne lui restait ainsi qu’une seule boussole : son propre jugement.

À notre époque, il est plus difficile de faire fi de ce qui nous entoure. En effet, le feedback est omniprésent. Les réactions, les commentaires et les opinions arrivent en continu, souvent avant même que nous ayons pris le temps de réfléchir à ce que nous en pensons réellement.

Peu à peu, la question « Est-ce vraiment bon ? » laisse place à une autre interrogation, « Est-ce que cela plaît ? ». Dans ce contexte, ce n’est plus nous qui décidons quand le travail est terminé, puisque les réactions des autres finissent souvent par tracer la ligne d’arrivée.

Les mentions J’aime ne sont pas toujours un indicateur de qualité. Elles peuvent signaler qu’une idée résonne auprès de l’audience, mais elles reflètent aussi d’autres facteurs, comme la popularité de la personne qui publie.

Lors de la première de la Neuvième Symphonie, Beethoven dirige l’orchestre sans entendre les musiciens ni le public. Lorsque la salle éclate en ovation, il ne s’en rend pas compte puisqu’il est tourné vers l’orchestre. La contralto Caroline Unger doit alors le prendre par le bras et le tourner vers la salle pour qu’il puisse voir la foule debout l’acclamer.

À cet instant, Beethoven vient d’achever ce que beaucoup considèrent comme l’un des sommets de la musique occidentale, sans avoir reçu le moindre signal extérieur lui indiquant que l’œuvre était terminée. Cette décision lui appartenait entièrement.

Faites l’exercice dans les prochaines semaines. Réalisez quelque chose qui compte vraiment pour vous, qu’il s’agisse d’un projet, d’un texte ou même d’un défi sportif. Une fois le travail accompli, résistez à l’envie de le partager immédiatement et gardez-le pour vous pendant quelque temps.

Posez-vous ensuite une question simple et honnête.

Êtes-vous satisfait du travail accompli ou ressentez-vous encore le besoin que les autres vous confirment que c’est bien ?

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