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Le mythe du multitâche

Le mythe du multitâche

Selon vous, en moyenne, pendant combien de temps travaillons-nous de manière ininterrompue, c’est-à-dire sans nous faire déranger?

D’après l’auteur à succès David Coplin, la réponse est 11 minutes! Que ce soit un collègue de travail qui entre dans notre bureau, le téléphone qui sonne ou le bruit de la clochette annonçant l’arrivée d’un nouveau courriel, nous devons composer avec de nombreuses sources de distraction qui limitent notre capacité d’attention et de concentration, et donc notre efficacité au travail. Ainsi, l’employé américain moyen perd 2,1 heures par jour de productivité.

De nombreuses personnes trouveront ces statistiques futiles, se croyant capables d’effectuer plusieurs tâches simultanément, ce que l’on appelle le « multitâche ». Assurément, il peut être socialement valorisant de prôner le « multitâche », mais dans les faits, est-ce réellement possible?

« Qui court deux lièvres à la fois n’en prend aucun. »

– Citation de Érasme, écrivain et philosophe

Tout d’abord, une tâche désigne un travail précis et limité, imposé par autrui ou par soi-même, à exécuter dans certaines conditions. Elle nécessite donc un comportement maîtrisé et intentionnel, le sujet ayant un objectif clair en tête. Ainsi, tout acte n’exigeant aucun effort mental (manger, marcher, faire du vélo) et toute activité dite « toile de fond » (écouter de la musique classique en lisant un bouquin) ne peut être considéré comme une tâche. C’est la raison pour laquelle on peut discuter tout en se baladant ou en mangeant, car ce n’est pas réellement du « multitâche ».

Ensuite, selon le Dr John Medina, notre cerveau est un processeur séquentiel qui accorde une attention particulière à chaque tâche. Partant de ce fait, il est impossible d’accomplir conjointement deux tâches, ce qui explique la perte d’efficacité observée auprès des adeptes du soi-disant « multitâche ». Toujours sceptique ? Essayez ce petit test.

Instructions

Chronométrez et notez le temps requis pour effectuer chaque épreuve.

Épreuve 1 – Écrivez en lettres moulées la phrase LE MULTITÂCHE EST UN MYTHE

Épreuve 2 – Écrivez cette séquence de chiffres : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22

Épreuve 3 – Prévoyez maintenant écrire sur deux lignes en alternance la séquence des épreuves 1 et 2. Ainsi, sur la première ligne, vous allez écrire la lettre L, puis le chiffre 1 sur la deuxième ligne. Ensuite, vous revenez à la ligne du haut pour écrire la lettre E puis inscrivez le chiffre 2 sur la ligne du bas. Vous poursuivez cette logique pour obtenir les deux segments complets.

Par expérience, les gens prennent en moyenne 10 et 16 secondes pour compléter respectivement les épreuves 1 et 2. Ainsi, pour ceux qui croient au « multitâche », le temps nécessaire pour terminer l’épreuve 3 devrait être de 26 secondes, soit la somme des temps enregistrés lors des deux épreuves précédentes. Malheureusement, ce n’est pas le cas; le temps moyen est plutôt de 50 secondes…

Comme vous vous en doutez, la solution est relativement simple, mais pas toujours facile à mettre en pratique. Afin d’améliorer notre productivité au quotidien, nous devons créer un environnement propice au travail de qualité, ce qui nécessite de changer certaines habitudes pour limiter les distractions et les interruptions. Vous pouvez par exemple prévoir des plages horaires pour vous acquitter de tâches exigeantes sur le plan cognitif ou consulter vos courriels seulement deux fois par jour.

Pour terminer, afin de refaire le plein d’énergie et de me détendre, je prends des vacances. Pour accomplir cette mission, la seule tâche à mon calendrier est le repos! Au plaisir de vous retrouver à la mi-août!

 

Sources

Cal Newport. Deep Work: Rules for Focused Success in a Distracted World, 2016

Dave Coplin. The Rise of the Humans: How to Outsmart the Digital Deluge, Harriman House, 2014).

Dave Crenshaw. The Myth of Multitasking: How ‘’Doing it All’’ Gets Nothing Done, Jossey-Bass, 2008.

Émilie Auvrouin. Le mythe du cerveau multitâche, Pour la Science, mai 2010.

 

Just do it

Just do it

Un jour, j’aimerais…

  • Démarrer mon entreprise;
  • Écrire un livre;
  • Perdre 30 livres;
  • Courir un marathon;
  • Vivre du « trading ».

Avant d’entreprendre un nouveau défi, une personne a tendance à se poser la question suivante : en suis-je capable? Dans l’affirmative, elle cherchera alors la volonté nécessaire pour entamer son projet. D’après Neil Pasricha, auteur du livre à succès The Happiness Equation : Want Nothing + Do Anything = Have Everything, cette approche peut se résumer en trois étapes :

La capacité (I can do), la motivation (I want to) et l’action (I do).

Par exemple, pour ma part, je rêve de créer un cours en ligne sur l’importance de la gestion émotionnelle dans le domaine de la négociation active en établissant des parallèles avec les réalités du quotidien. Alors, la première étape consiste à me questionner sur ma capacité à réaliser un tel projet. En fait, je suis convaincu d’avoir ce qu’il faut (I can do). Concrètement, je possède les compétences nécessaires et l’expérience professionnelle me permettant de proposer un contenu à la fois théorique et pratique. Or, malgré tout, cette initiative traîne encore et toujours…

L’action précède la motivation

Depuis des mois, je procrastine. Je suis en quête d’inspiration, j’attends le moment parfait ou je remets en question le concept de mon cours en ligne. Bref, je cherche à être motivé (I want to) pour amorcer la création du contenu (I do). Toutefois, d’après le Dr David D. Burns, le remède est simple : il faut d’abord COMMENCER. Pour y arriver, il propose d’y aller progressivement. Il suggère aussi de prévoir et de respecter des plages horaires consacrées au projet. Ainsi, une personne sera en mesure de constater sa progression et les bénéfices de l’activité, générant alors le dynamisme nécessaire pour obtenir le niveau de motivation tant désiré.

L’auteur Neil Pasricha partage cet avis et propose donc d’inverser l’ordre des trois étapes en misant d’abord sur l’action (I do). En procédant de cette façon, une personne améliore ses chances d’être motivée (I want to) et, après un certain temps, son niveau de confiance (I can do) augmentera, ce qui lui permettra d’accomplir de grandes choses. Selon cette philosophie, tout objectif est atteignable tant et aussi longtemps que la personne est en mode action.

En résumé, il est préférable de plonger dès maintenant dans votre projet au lieu d’attendre patiemment le moment idéal. En d’autres mots, Just do it!

 

Sources

David D. Burns, Feeling Good : The New Mood Therapy, Harper, 2008.

Neil Pasricha, The Happiness Equation : Want Nothing + Do Anything = Have Everything, G.P. Putnam’s Sons, 2016.

L’émotionnel avant le rationnel

L’émotionnel avant le rationnel

À ma grande surprise, le Québec arrive bon dernier au rang des provinces en ce qui concerne la valeur médiane des dons de charité. Selon Statistique Canada, en 2018, le montant médian des dons s’établissait à 130 $, ce qui signifie que la moitié des déclarants donateurs ont versé plus de 130 $ et l’autre moitié moins de 130 $. Selon moi, il est possible d’améliorer notre position au classement en recourant à un concept tiré de la psychologie du comportement.

Avant de vous le présenter, je vous invite à lire les deux prochains paragraphes et à choisir la cause à laquelle vous seriez le plus susceptible de faire un don en argent.

1-Rokia est une jeune fille de sept ans qui vit au Mali, en Afrique. Malheureusement, elle souffre de malnutrition.

2-Le gouvernement du Malawi, un pays d’Afrique, a déclaré un état de catastrophe naturelle après des périodes prolongées de sécheresse. En raison des pénuries de nourriture, quelque trois millions d’enfants souffrent de malnutrition.

D’après Deborah Small, professeure de marketing à l’Université Wharton, la majorité des gens choisissent la première cause, en raison de ce qu’on appelle l’effet de la victime identifiable. Le fait de pouvoir identifier la personne dans le besoin nous amène à une plus grande sensibilité qu’une description factuelle et impersonnelle appuyée par une statistique. Certes, ce constat est surprenant étant donné qu’un don à la deuxième cause bénéficie à un plus grand nombre d’enfants. Sachant cela, il serait donc souhaitable que les organismes de bienfaisance québécois s’inspirent de ce phénomène pour accroître le montant médian des dons au Québec!

« La mort d’un homme est une tragédie. La mort d’un million d’hommes est une statistique. »
— Citation de Joseph Staline, ancien secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique

Comme vous le savez, le monde de la finance évoque la prise de décisions rationnelles axées sur le calcul, les faits et la pensée analytique. Ainsi, plusieurs conseillers financiers pensent à tort que cette manière de procéder est la clé du succès auprès de leurs clients. Or, cette approche, quoique nécessaire, est insuffisante. Pour établir un lien de confiance et offrir un service à valeur ajoutée, il est impératif de tenir compte de l’aspect émotionnel, à l’image de l’exercice précédent. En effet, notre prise de décision est plutôt influencée par notre ressenti que par un raisonnement logique.

C’est pourquoi le conseiller financer doit notamment être à l’écoute, faire preuve d’empathie, s’intéresser à l’atteinte des objectifs financiers de son client et être un excellent vulgarisateur en utilisant des anecdotes, des exemples et des métaphores. Ainsi, il sera en mesure de se distinguer des autres et d’établir des relations d’affaires de qualité lui permettant d’attirer et de conserver sa clientèle. Autrement, il se retrouvera dans une statistique qui n’intéresse personne…

Sources

Conseiller.ca. Les dons de charité sont en hausse…mais pas au Québec, 17 février 2020.

Knowledge Wharton. To Increase Charitable Donations, Appeal to the Heart – Not the Head, 27 juin 2007.

Trop c’est comme pas assez

Trop c’est comme pas assez

À la fin du 19e siècle, un certain Maximilien Ringelmann, professeur d’ingénierie agricole, a réalisé une expérience comparant l’effort individuel à celui fourni à l’intérieur d’un groupe. Dans un premier temps, il a demandé à ses élèves de tirer individuellement sur une corde. Par la suite, ils ont refait le même exercice au sein de groupes de différentes tailles. L’objectif était de mesurer l’intensité de l’effort déployé à l’aide d’un dynamomètre.

M. Ringelmann a alors observé que plus le nombre de participants grandissait, plus le pourcentage d’effort de chaque individu diminuait. Voici un aperçu des résultats :

 

Nombre de personnes Pourcentage de la force de la personne
1 100 %
2 93 %
3 83 %
4 77 %
5 70 %
6 63 %
7 56 %
8 49 %

 

L’une des principales raisons évoquées est la baisse de motivation de l’individu qui survient lorsqu’il est placé dans un groupe. En effet, le simple fait de savoir que l’on va travailler en équipe peut réduire considérablement le degré de responsabilité. Sans une mesure fiable de la contribution individuelle, on aura alors tendance à faire le moins d’efforts possible. C’est ce qu’on appelle la paresse sociale, un phénomène très présent dans le monde organisationnel.

Voilà pourquoi de nombreux chercheurs se questionnent sur la taille optimale d’une bonne équipe de travail (entre 4 et 12 membres). À ce sujet, Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, propose la règle des deux pizzas : « Si vous ne pouvez pas nourrir une équipe avec deux pizzas, c’est qu’elle est trop grosse ». Pour demeurer efficace et flexible, il suggère un groupe de travail composé de 5 à 7 personnes.

Et vous, selon votre expérience, quelle serait la taille de votre équipe de rêve?

Sources 

Éric Paquette (2016). Attention à l’effet Ringelmann dans votre équipe! S’inspirer pour mieux gérer, le journal les Affaires.

Maximilien Ringelmann (1913). Recherches sur les moteurs animés : travail de l’homme. Annales de l’Institut National Agronomique, 2nd series, 12, 1-40.

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