Les excuses ne sont pas des mensonges. Elles sont souvent crédibles, parfois même élégantes. Elles s’appuient sur des faits réels, sur de la fatigue, sur des contraintes objectives, sur des contextes imparfaits. C’est précisément pour cette raison qu’elles sont dangereuses. Elles expliquent très bien pourquoi rien n’a changé, tout en donnant l’impression que tout a été compris.
À court terme, elles apaisent. À long terme, elles érodent, pas la performance, ni même les résultats visibles, mais quelque chose de plus fragile et de plus fondamental : le respect que l’on se porte lorsqu’on se regarde sans détour. Le respect de soi ne s’abîme pas quand on échoue, il s’abîme quand on sait que l’on aurait pu agir autrement et que l’on choisit de ne pas le nommer.
Ce qui est en jeu n’est pas ce que l’on veut accomplir, mais l’identité que l’on renforce, consciemment ou non, par l’accumulation de petits renoncements justifiés. Chaque journée nous apporte des microdécisions à prendre, anodines en apparence. Prises isolément, elles semblent insignifiantes. Ensemble, elles dessinent une trajectoire. Chaque action devient une confirmation silencieuse de la personne que l’on est en train de devenir. C’est ce moment précis où l’on termine la journée en sachant exactement ce que l’on n’a pas fait.
Le langage intérieur joue ici un rôle central. Les mots ne servent pas seulement à raconter ce qui arrive, ils structurent la manière dont on se positionne. Dire que c’est difficile installe une posture de retrait. Dire que c’est exigeant engage la responsabilité. Parler d’un échec fige l’expérience dans une identité temporaire, tandis qu’un retour d’information conserve la dignité du mouvement. Dire que l’on a perdu de l’argent nous enferme dans la faute, alors que reconnaître que l’on a payé pour apprendre redonne une direction. Une situation devient un problème lorsque l’on cesse d’agir. Une hypothèse testée n’est pas une erreur, mais une conversation honnête avec la réalité, qu’il s’agisse d’une décision d’investissement, d’un entraînement écourté ou d’un projet mené jusqu’au bout.
Ce changement de vocabulaire n’a rien d’un exercice de style. Il impose une discipline mentale exigeante, car il retire la possibilité de se représenter une version confortable de soi-même. Il oblige à regarder les faits sans les dramatiser ni les maquiller. Être honnête avec soi-même, ce n’est pas se durcir, c’est se traiter avec suffisamment de respect pour ne plus confondre explication et fuite.
Un jour, presque sans prévenir, certaines excuses cessent de fonctionner. Elles sonnent creux. Elles ne convainquent plus celui qui les prononce. À cet instant précis, quelque chose bascule. L’énergie jusque-là mobilisée pour justifier devient disponible pour agir. L’action n’est plus héroïque ni spectaculaire, elle est simplement alignée.
Le respect de soi ne naît pas d’un parcours sans erreurs, mais d’une cohérence répétée entre ce que l’on affirme et ce que l’on fait, même lorsque personne ne regarde. À cet instant, l’action cesse d’être un effort contre soi. Elle devient la continuité naturelle d’une identité assumée.
Et vous, si vous vous regardez dans le miroir, y a-t-il une sphère de votre vie où vous avez toujours de bonnes excuses pour ne pas vous améliorer ou changer les choses ?
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