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Ce qui s’effrite sans bruit

Ce qui s’effrite sans bruit

Un jour, j’ai pesé 250 livres.

Je ne me suis pas réveillé un matin avec 80 livres de plus que la veille. Cette transformation s’est installée lentement, près d’une demi-livre par mois pendant une dizaine d’années, au point où chaque pesée ressemblait à la précédente, sans jamais déclencher de véritable alarme ni marquer de point de bascule.

Puis, un médecin m’a présenté, très simplement, ce que cette trajectoire allait me coûter à long terme, non pas le lendemain, mais dans dix ou vingt ans.

Ce jour-là, j’ai compris que je n’avais pas un problème de poids. J’avais un problème de vigilance.

Je n’avais pas raté une journée critique, parce qu’il n’y avait tout simplement jamais eu de telle journée.

Imaginez maintenant l’inverse.

Si vous vous réveilliez demain avec 80 livres de plus qu’hier, le choc serait immédiat, la réaction tout aussi rapide, et vous appelleriez sans hésiter votre médecin pour changer les choses le jour même.

Le résultat est pourtant identique, mais la réaction ne l’est pas.

Ce même mécanisme se rejoue dans bien d’autres sphères de la vie.

Lorsqu’un conjoint annonce soudainement qu’il en aime une autre, la rupture est nette, douloureuse, mais lisible, alors que dix années durant lesquelles la conversation s’éteint et la complicité s’efface ne déclenchent aucune crise, jusqu’au moment où l’on regarde l’autre sans reconnaître la relation que l’on a laissée dériver.

De la même manière, un congédiement impose une réaction et force l’action, alors que plusieurs années passées à se sentir vidé chaque dimanche soir, sans jamais atteindre un seuil de rupture clair, peuvent être tolérées indéfiniment.

Il ne s’agit pas de faiblesse, mais d’un fonctionnement profondément humain.

Notre cerveau s’adapte à ce qui se répète, si bien qu’une situation inconfortable peut devenir une nouvelle normalité simplement parce qu’elle s’est installée progressivement. Notre tendance à privilégier le statu quo nous pousse à ne rien changer, car l’action demande de l’énergie et nous expose au regret.

Ces deux mécanismes, connus sous les noms d’adaptation hédonique et de biais du statu quo, ne s’additionnent pas, ils se renforcent.

L’adaptation efface notre point de référence, alors que le statu quo verrouille notre comportement. Plus la dérive s’installe, moins nous sommes capables de la percevoir et moins nous sommes équipés pour en sortir.

Comment briser ce cercle ?

Il faut d’abord rendre visible ce qui est diffus en se comparant à une version de soi plus ancienne plutôt qu’à celle d’hier, car seule la distance permet de révéler ce que la continuité dissimule.

Ensuite, définir des seuils à l’avance permet de retirer la décision du moment émotionnel et de clarifier le point à partir duquel vous choisissez d’agir, que ce soit en matière de santé, de travail ou de relations.

Enfin, il reste une question exigeante : en regardant la situation telle qu’elle est actuellement, la choisiriez-vous aujourd’hui ?

Si la réponse est non, alors continuer ne relève plus d’une décision réfléchie, mais d’une forme de passivité.

Parfois, il faut un regard extérieur, celui d’un médecin, d’un proche ou d’une voix honnête, pour nommer ce que la continuité nous a empêchés de voir.

Mon corps n’avait pas changé un matin.
Il changeait chaque matin.

Une vie se dégrade rarement dans le bruit.
Elle se détériore dans le silence.

10 billets à gagner pour une soirée qui promet

10 billets à gagner pour une soirée qui promet

Entre les tensions géopolitiques, les incertitudes économiques et des marchés qui semblent parfois regarder ailleurs, prendre du recul n’a jamais été aussi utile.

Le 20 mai prochain, Desjardins Courtage en ligne propose à Montréal une soirée particulièrement pertinente dans ce contexte.

Au programme, deux conférences complémentaires : Guillaume Lavoie viendra décoder les grandes tendances géopolitiques et leurs répercussions, tandis que Jimmy Jean présentera ses perspectives économiques et financières. Il s’agira d’une occasion concrète de mieux comprendre l’environnement actuel et d’en saisir les implications pour les investisseurs.

L’événement se déroulera de 18 h 30 à 21 h 30 au Westin Montréal.

Et si on y allait ensemble ?

Je fais tirer 10 billets parmi les personnes qui m’écriront en privé pour m’expliquer, en quelques lignes, pourquoi elles aimeraient y participer.

Je communiquerai en privé avec les 10 personnes sélectionnées le vendredi 15 mai.

Pour tous les détails :

https://www.disnat.com/calendrier-formations/detail/9042

Au plaisir d’échanger avec vous lors de cette soirée !

Le 24h du Lac fête ses 20 ans

Le 24h du Lac fête ses 20 ans

Il y a des événements qui nous marquent, non seulement par le défi qu’ils représentent, mais aussi par les souvenirs qu’ils créent et les liens qu’ils permettent de tisser.

Pour souligner les 20 ans du 24h du Lac, Nadine et moi revenons à la charge avec l’équipe Gestionnaires d’actifs Bridgehouse pour la prochaine édition, qui se tiendra les 22 et 23 août dans le décor enchanteur du Lac Beauport.

Déjà plus de 20 personnes ont décidé de se joindre à nous pour vivre un autre week-end de dépassement de soi, de plaisir et d’échanges humains. C’est ce mélange qui rend l’expérience aussi unique et qui donne envie d’y revenir, année après année.

C’est donc une invitation à vous joindre à nous, ou même à créer votre propre équipe afin de vivre pleinement l’événement à votre façon.

Curieux d’en savoir plus, écrivez-moi en privé.

Au plaisir de vous voir en août!

L’amitié à l’épreuve d’un monde optimisé

L’amitié à l’épreuve d’un monde optimisé

Une personne fait trois heures de route pour aider un ami à déménager un samedi pluvieux. Elle n’y a pas été obligée. Elle n’y gagne rien. Elle y va simplement parce que c’est son ami.

Ce type de geste, en apparence banal, résiste pourtant à presque tout ce qui structure notre monde actuel. C’est précisément ce que Jonathan Goodman met en lumière dans son livre Unhinged Habits.

Nous évoluons dans un environnement conçu pour maximiser l’efficacité et réduire les frictions, au point où même nos relations risquent d’être influencées par cette logique. L’hyperindividualisme valorise l’autonomie, le travail structure nos priorités, les espaces communautaires se raréfient, et les réseaux sociaux entretiennent l’illusion d’une proximité constante sans nécessairement offrir de profondeur. À cela s’ajoute le confort domestique : lorsque tout peut être commandé et consommé sans sortir de chez soi, les occasions d’interactions spontanées, celles qui ont historiquement permis de créer les liens les plus durables, deviennent de plus en plus rares.

Dans Unhinged Habits, Jonathan Goodman propose une réflexion intéressante sur la nature des relations, en suggérant que les liens les plus solides se reconnaissent souvent par leur capacité à échapper à la logique d’optimisation. Un véritable ami n’est pas utile à nos ambitions. Il ne constitue pas un levier ni une opportunité, mais une présence qui existe indépendamment de ce qu’elle peut apporter. Il fait des efforts qui ne sont pas nécessaires, et non pas par obligation, mais par choix. Et il célèbre sincèrement nos succès, sans comparaison ni calcul, en trouvant dans notre réussite une source de joie authentique.

Ces critères peuvent sembler évidents, mais ils vont à contre-courant d’un monde où la valeur est presque toujours associée à l’utilité, à la rapidité et à la commodité. Ils rappellent que certaines relations ne se construisent pas sur ce qu’elles permettent d’obtenir, mais sur ce qu’elles permettent d’être.

Dans un monde où tout devient plus simple, ce qui ne sert à rien devient souvent ce qui compte le plus. Les relations qui marquent une vie ne sont pas celles que l’on optimise, mais celles que l’on choisit, encore et encore, même lorsqu’il n’y a rien à gagner.

La vraie question n’est donc pas de savoir combien de personnes nous entourent. Elle consiste plutôt à nous demander avec qui nous sommes réellement prêts à sortir de la logique de l’utilité pour entrer dans celle de la présence, et surtout, pour qui nous sommes prêts à être cet ami.

Source :

Jonathan Goodman. Unhinged Habits. HarperCollins Leadership, 2026.

Crédit image :

ChatGPT