Nous sommes le samedi 20 juin, il est 11 h 30. Il ne me reste plus qu’une heure pour compléter l’étude de cas du deuxième examen menant au titre de planificateur financier.

Je sens que tout m’échappe. Je découvre plusieurs erreurs, je réalise que j’ai mal géré mon temps et l’anxiété prend alors le dessus. Plus les minutes passent, plus une évidence s’impose : je ne réussirai pas cette épreuve.

Je m’éloigne quelques instants de mon ordinateur pour réfléchir.

Le réflexe naturel aurait été de me battre jusqu’à la toute fin. Après tout, depuis mon échec à cette même épreuve il y a quatre ans, j’avais complété un certificat en planification financière, investi énormément dans ma formation continue et consacré d’innombrables soirées et fins de semaine à ma préparation. Le premier examen, composé uniquement de questions à choix multiples et passé le 11 juin, s’était d’ailleurs très bien déroulé.

Pourtant, l’étude de cas prenait une tout autre tournure. Continuer n’aurait rien changé à l’issue de l’examen. J’ai donc choisi de tout arrêter avant la fin de la période allouée.

C’est une décision que je n’ai jamais regrettée.

En quittant le centre d’examen, une réflexion de Jerry Seinfeld m’est revenue en tête :

« Je ne crois pas au regret. Le regret est une forme d’arrogance. Il suppose que vous auriez pu faire mieux. »

À mes yeux, cette citation nous rappelle qu’il est inutile de juger une décision passée avec les connaissances que nous possédons aujourd’hui. Chaque décision est prise dans un contexte bien précis, avec l’information, les émotions et les contraintes du moment.

Cette réflexion m’a accompagné pendant plusieurs jours. C’est alors que je suis tombé sur le discours de remise de diplômes prononcé par George Saunders à l’Université de Syracuse sur les Failures of Kindness (« les échecs de la bonté »). Son message m’a fait comprendre que les regrets les plus profonds sont peut-être d’une tout autre nature. Selon lui, nos plus grands regrets concernent rarement notre carrière ou nos choix. Ils sont plutôt liés aux occasions où nous aurions pu faire preuve de davantage de bonté envers les autres.

Absorbés par nos préoccupations, nos ambitions ou nos inquiétudes, nous ne voyons pas toujours les besoins des personnes qui nous entourent.

En y repensant, je réalise qu’il m’est arrivé, moi aussi, de manquer de bonté. Plus jeune, l’immaturité y était certainement pour quelque chose. Avec les années, j’ai compris que ces manquements ne disparaissent pas. Ils changent simplement de visage : répondre trop rapidement à quelqu’un, taquiner une personne sans mesurer l’effet de mes paroles ou ne pas être pleinement présent lorsqu’elle en avait besoin. Ces gestes paraissent parfois anodins. Ils ne le sont pas toujours.

Et, si je suis honnête, cela m’arrive encore aujourd’hui. La différence, c’est que j’en prends conscience plus rapidement et que j’essaie, un jour à la fois, d’être une personne un peu plus bienveillante.

C’est pourquoi je ne veux pas laisser passer l’occasion de remercier publiquement ma conjointe, Nadine Laliberté. Merci pour ton soutien, ta compréhension et ta patience pendant toutes ces soirées et ces fins de semaine consacrées à ma préparation. Même lorsque j’ai décidé de mettre fin à mon examen, tu ne m’as jamais jugé.

Tu as simplement été présente, avec cette bonté dont parle George Saunders. Avec le recul, je crois que c’est peut-être ce qui compte le plus.

Bonne fête, Nadine. Merci pour tout ce que tu apportes à ma vie.